le-cycle-de-takeshi-kovacs-tome-2-anges-dechus-1121472-264-432Réenveloppé dans un corps idéal pour le combat tactique, l’ex-Diplo Takeshi Kovacs est aujourd’hui un mercenaire engagé dans une guerre sanglante qui ravage la planète Sanction IV, sponsorisée par le Protectorat des Nations unies, qui souhaitent mettre un terme à la révolution qui soulève ce monde.
Pris dans la tourmente politique, Kovacs a décidé de tenter sa chance et profite du conflit pour rejoindre un petit groupe essayant de s’approprier une découverte archéologique qui n’a pas de prix. Et, de fait, il se retrouve propulsé dans un maelström d’intrigues et de trahison en comparaison duquel le conflit qu’il vient de quitter fait pâle figure.
Car toutes les corporations tueraient pour cette découverte. Une découverte qui risque de signifier la fin de l’humanité ou le début d’une nouvelle ère. Car dans ce xxviie siècle d’une humanité ravagée par la violence, la folie et l’envie, les hommes sont bien mal préparés à l’héritage qui s’offre soudainement à eux : les étoiles !

Je viens de refermer le deuxième tome des aventures de Takeshi Kovacs, et le moins que je puisse dire c’est que même si l’ambiance est toute autre, ce second volet reste un pur bonheur.

Situons un peu le contexte : une trentaine d’années après Carbone Modifié, Kovacs se retrouve impliqué dans un conflit planétaire. Dans une enveloppe sur mesure, taillée pour le combat, il œuvre au sein de la force mercenaire des Impacteurs, contre la révolution (qu’on pourra qualifier de sorte de néo-communisme) de Joshua Kemp, qui noie la planète Sanction IV dans le sang.
Et un beau jour, alors qu’il se remet difficilement d’une bataille qui a décimé son unité et presque failli le tuer, Jan Schneider vient le trouver pour lui parler d’une découverte fabuleuse. Une découverte pour laquelle les corpo du Cartel seraient prêtes à payer plus que le prix fort. Voilà une occasion à ne pas rater.

Ambiance résolument changée pour ce Anges Déchus, où l’on nage bien plus allègrement dans la tripaille et les radiations que dans les rues « technologisées » et le côté polar de la Terre.
Cela faisait un petit moment que je n’avais plus été aussi happée par un livre. Je ne sais pas si ça tient davantage à l’histoire, au personnage principal, ou à l’écriture, mais je suis réellement tombée amoureuse de ce cocktail, en tous les cas. Morgan a une façon de raconter qui prend aux tripes et ne vous lâche pas, et ce diable de Takeshi est bien trop attachant pour qu’on ait envie de le laisser arpenter la galaxie sans nous.

Au départ, j’ai un peu eu l’impression de me retrouver dans Le Vieil Homme et la Guerre, avec ce côté SF militariste, où la guerre est autant psychologique que technologique, avec son lot de dégueulasseries, mais finalement, ce second tome cache bien son jeu, car on est loin de l’intrigue simpliste et principalement basée sur les combats.
L’auteur ne nous vend pas non plus son univers comme il a si bien su le faire dans Carbone Modifié. A ce niveau-là, on est plutôt du côté minimaliste : vous connaissez déjà le contexte, on se contente de vous en donner un peu sur la planète Sanction IV et la révolution kempiste.
Par contre, côté idéologie et politique, qu’est-ce qu’on prend ! La couleur est de toute façon annoncée dès les remerciements, où Morgan cite parmi ses influences deux ouvrages dénonçant la « violence politique » et les « inhumanités perpétrées par ceux, qui, sur le globe, prétendent nous diriger. Ces auteurs n’ont pas inventé leurs sujets, comme moi. Parce que c’était inutile. Ils l’ont vu et ressenti de première main, et nous devrions les écouter ».
Takeshi se fait le relais principal de cette vision, à travers ses actions, mais aussi par toutes les citations du quellisme (la philosophie d’une célèbre femme politique et révolutionnaire de sa planète natale), qui sont autant d’aveux des sympathies et autres idées du personnage (et clairement de l’auteur, évidemment). Le conflit corpo interne est une autre représentation, sinon encore plus parlante que le conflit politique et militaire qui se dispute les pauvres restes de Sanction IV.
Je ne suis généralement pas fan de ce genres d’ajouts dans les récits, parce qu’on mange suffisamment de politique au quotidien pour ne pas avoir envie de se les ramasser aussi sur un coin de la figure quand on parvient enfin à s’évader. Et puis, souvent, ça manque totalement de subtilité. Mais là, c’est juste parfait. Qu’on soit ou non d’accord avec les propos tenus, ça donne à réfléchir et c’est fait de façon très intelligente, qui colle en plus avec le héros et tout ce qu’on a pu voir de lui, depuis le premier tome.

Mais bon, Anges Déchus, c’est aussi le récit de la tentative de Kovacs et des petits camarades qu’il se dégotte sur Sanction IV pour soutirer autant de crédits que possible à Mandrake, l’une des corporations qui forment le Cartel.
Car lors de fouilles sur la planète, une équipe d’archéologues a trouvé bien plus qu’un simple vestige Martien, cette ancienne race disparue qui a fourni bien des progrès technologiques aux humains, mais qui conserve encore plus de mystères.
Par le biais d’une porte, il est possible d’accéder à un vaisseau de guerre Martien, planqué quelque part dans l’espace aux confins du système de Sanction IV. Autant dire que le premier à s’approprier ce secret gagnera un beau jackpot. Et que les perdants provisoires sont prêts à tout pour inverser la situation ; la guerre n’est soudainement plus la pire menace qui règne sur la planète pour Kovacs.

Aidé de Schneider qui faisait partie de la mission, Kovacs libère Tanya Wardani, la maitresse archéologue en charge du chantier, d’un camp de prisonniers avant d’attirer l’attention de Mandrake. Seulement la porte se trouve dans une zone dangereuse, et il faut recruter une équipe de combattants pour s’assurer que la bouée de propriété sera bien placée pour préserver les intérêts de la corporation.
Après un passage quelque peu glaçant au marché aux âmes – là où échouent les piles corticales de ceux qui sont morts mais qu’on n’est pas venus récupérer, autant dire des montagnes, dans le cas d’une planète en guerre – la fine équipe est constituée.
Une galerie de personnages peut-être un peu classique, dans le sens où on retrouve des profils différents pour chacun mais qui sont des experts dans leur domaine ; avec la bonne vivante, la pilote, le soldat commando, etc. Mais le groupe fonctionne bien (par rapport à l’histoire, en tout cas ^^) et ils sont tous individualisés, même si par moments j’ai eu du mal à me souvenir quelle était la spécialité de qui, vu qu’ils arrivent tous en même temps. Par contre, les petits entretiens pour nous les présenter sont très bons et très bien menés.

La civilisation martienne est réellement intrigante. Comme les humains, on aimerait en savoir plus, connaitre ce peuple si éloigné de nos paradigmes et de nos habitudes.
Inventer une race extra-terrestre, qui ne soit pas humanoïde de physique ni basée sur notre société, et qui reste crédible est réellement très compliqué. Mais comme Scalzi, pour garder la comparaison, Morgan s’en sort remarquablement. Toute la partie dans le vaisseau, où l’on découvre par miettes un peu de leur possible vie, est un peu une apogée à l’aventure de nos protagonistes.

Si je devais malgré tout émettre des bémols, je citerai :
– la propension peut-être un peu trop récurrente de Takeshi à dire « je ne sais pas pourquoi, mais l’instinct Diplo… » Ce côté Diplo ressort un peu trop souvent à mon goût, et parfois de façon un peu trop opportune. Certes, ça reste crédible étant donné que les Diplo sont censés être plus qu’une force d’élite, mais bon, la justification de certains points tourne un peu en rond parfois
– les scènes de sexe un peu trop détaillées. Il y en a peu comparé à l’épaisseur globale du bouquin, mais comme dans Carbone Modifié, ça s’éternise peut-être un peu trop ^^
– Morgan (en tout cas, c’est ce qui ressort de la traduction) a une écriture que je pourrais qualifier de sensorielle par association d’images. C’est très beau et vraiment original. Mais parfois, ça tourne un peu au bordel généralisé. Les descriptions dans le vaisseau martien manquent parfois de sens justement, et si ça traduit bien le désarroi qui prend l’humain devant cette civilisation si étrangère, mystérieuse, et qui nous dépasse totalement, j’ai eu le sentiment de ne pas entièrement apprécier l’expérience à sa juste valeur.

Sinon, ce roman est juste génial. Il allie intrigue prenante, personnages attachants (et pas juste Takeshi), univers original, écriture fluide, action, réflexion… Mais il y aurait beaucoup à dire sur ce récit, au moins de quoi faire une thèse !
La fin encore une fois est bourrée de « Kovacs a vraiment un grain ; mais pourquoi il s’inflige tout ça cet imbécile ; et putain ça c’est la classe ! », sans compter un épilogue de toute beauté.
Pour conclure, je me contenterai de laisser la parole à notre héros : « Voilà ce que j’aurais à faire en ressuscitant. Si ça en dérange certains, qu’ils y viennent.
En fait, j’ai un peu hâte que le mois se termine.
Le paradis, c’est très surfait. »

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