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Après avoir dévoré la trilogie de Richard Morgan, et notamment ce premier tome, j’étais évidemment impatiente de voir ce que donnait son adaptation par Netflix. Ne m’étant pas jetée dessus immédiatement, pour attendre de pouvoir voir tous les épisodes d’un coup ou presque, j’étais déjà tombée sur quelques critiques qui m’avaient fait comprendre que ce ne serait pas aussi bien que les romans.
Le verdict à suivre n’est absolument pas structuré. Je n’ai pas cherché à l’être, je voulais juste énumérer les faits tels qu’ils m’ont marquée.
Et surprise… j’ai pas aimé ^^ Voici pourquoi (attention : cet article contient beaucoup de spoil) :

l’impression de regarder une toute autre intrigue pendant près de la moitié de la série.
Je pense notamment à toute la partie où on nous raconte comment Takeshi a rejoint d’abord les C-Tac du Protectorat puis Quell et les Diplos. En gros, il y a eu tellement de remodelage dans les histoires de personnages que ça a forcément chamboulé l’intrigue, et que si au début et à la fin on retombe à peu près sur nos pieds, tout le milieu (soit environ 4/5 épisodes), tu as l’impression de ne pas connaitre l’histoire, même si t’as lu les bouquins.

le personnage de Quell : c’est un ratage complet. Pour commencer avec les évidences, Quell est originaire de Harlan. On rappelle donc que cette planète est peuplée d’immigrés slaves et japonais (même si la série s’en fout, en témoigne la réplique de Kovacs sur ses parents). Donc, qu’est-ce que c’est que cette screugneugneu d’enveloppe afro-américaine ?! Je n’ai rien contre dans l’absolu, elle aurait pu changer d’enveloppe, mais merde, ça casse tout !
Ensuite, la faire une contemporaine de Takeshi, tout ça pour qu’ils aient une histoire d’amour. Foirage. L’intrigue du tome 3 avec son « retour » était beaucoup plus intéressante.
Et le plus gros problème : Quell est une révolutionnaire, avec de réelles idées ancrées, une critique des modèles existants des sociétés que l’on peut sans problème appliquer à notre propre réalité, etc. Ici, c’est une « terroriste » (on se demande un peu comment, vu qu’ils ne foutent quasiment rien de la série), qui veut juste arrêter que les gens vivent aussi longtemps qu’ils le veulent, parce que « ça va contre la loi de Dieu ». Euuuuh… Vous avez lu les bouquins, bordel ?! Vous êtes juste allés en total sens inverse du personnage, en la faisant en plus passer pour une saloperie de religieuse, ce qui va juste à l’encontre totale des principes de Richard Morgan — l’auteur, accessoirement…
En plus, ils nous en ont fait la conceptrice des piles de stockage. Ça y est, vous avez fini avec Mary Sue ?
Et pour finir, non seulement elle est inintéressante et sans aucun charisme (elle fait juste super-héroïne surpuissante mais inutile), mais en plus, alors qu’elle aurait pu avoir un peu d’initiative et d’action par elle-même, il a fallu qu’ils nous foutent le syndrome princesse en détresse à la fin. Takeshi apprend que son amour n’est pas mort mais serait sauvegardé quelque part, et dans la jolie scène de fin elle lui apparait (comme tout au long de la série, hein, ça sort pas de nul part, c’est juste une manifestation de son esprit) pour lui raconter la jolie légende d’héroïque fantasy clichée qu’on veut tous éviter, avec le paysan (Tak) qui doit aller sauver sa jolie princesse guerrière, parce qu’elle est prisonnière quelque part.
AAAAAAAAAAAAAAAH !!!!

Takeshi : j’avais a-do-ré ce personnage dans les bouquins. Il a un charisme dingue, il est à moitié taré, il est fêlé émotionnellement, il a un tel vécu qu’il est d’une richesse extra, et en plus il a des principes vraiment intéressants.
Ici, l’acteur principal réussit à le rendre plutôt bien dans la partie sur la Terre (sauf dans les deux dernières épisodes), mais il n’est pas très consistant avec le personnage du bouquin. Ils ont tenus à le rendre plus « humain », avec beaucoup plus d’émotions affichées, et du coup, ben, il perd une bonne part de son intérêt. Ses remarques sarcastiques sont moins fortes, il n’a plus ce froid détachement des Diplo, c’est un peu monsieur tout le monde, en fait.
La partie avec son corps original sur Harlan craint beaucoup plus. Tak n’a quasiment plus aucun charisme, et l’intrigue de ce passage est de toute façon foireuse.
Et pour finir, ce qui m’a fait pas mal hurler sur la fin : Takeshi ne sert à rien !!! Toute la partie sur la Tête dans les Nuages, il attend… On me dira « mais oui, mais c’est sa sœur, il veut pas, gnagnagna… » Non, putain ! C’est Takeshi Kovacs ! Il agit, c’est un Diplo. « Faites-en une affaire personnelle », ça rappelle quelque chose aux lecteurs ? Ben là, le Tak, il attend, et c’est quelqu’un d’autre qui sauve le bateau. Sérieux, vous imaginez si Batman faisait une pause pour que, je sais pas, le commissaire Gordon lui sauve les fesses ?

Ortega : Peut-être le personnage que j’ai trouvé le plus réussi. Il était déjà sympa dans les bouquins, et si au départ je n’étais pas super enthousiaste qu’on voit autant sa famille et sa vie à côté, ça rend assez bien. Elle est un peu trop tête brûlée par contre, j’ai trouvé ça dommage, mais elle reste touchante, charismatique. Le côté dramatique de toute la fin est un peu exagéré aussi.
Et par contre, ils n’ont pas pu s’empêcher de nous en faire aussi une princesse en détresse !

un amas de bondieuseries totalement hors de propos : en gros, là où Morgan avait basé son univers sur les possibilités que permettaient les piles pour l’existence humaine et toutes les implications sociétales et technologiques, la série a décidé que ce serait « les Maths qui vivent si longtemps se prennent pour des Dieux, nous avons bouleversé le cours des choses, les piles c’est le maaaaaaaal ! »
Et putain, comme pour Quell et son « combat », c’est une trahison complète de l’esprit et des principes de la série de bouquins.
Le pire, peut-être, c’est qu’ils ont réussi à transformer les Diplos en les fanatiques religieux que Takeshi combat dans le T3. Si ça ce n’est pas de la trahison, je ne sais pas ce que c’est.

certaines modifs mineures ont un intérêt très modéré : par exemple, Ava Elliott est normalement ré-enveloppée dans le corps d’une autre femme. Ce qui pose des questions sérieuses à son couple, puisque son mari ne retrouve pas la même femme, l’alchimie hormonale ne fonctionne pas, les retrouvailles sont difficiles, etc. Là, pour simplifier j’imagine, elle est simplement ré-enveloppée dans un corps d’homme. Ça ne change pas grand-chose sur le fond, alors pourquoi l’avoir modifié ?
Le personnage de sa fille, Lizzy Elliott. Alors, je ne sais pas, peut-être qu’elle est là pour contrebalancer l’effet princesse de Quell et Ortega, vu que c’est elle qui sauve le cul de tout le monde à la fin, mais sincèrement, j’ai trouvé son personnage très fade et quelque peu putassier. On se balade comme on veut dans le cyberespace, on se fait télécharger à bord de la Tête dans les Nuages d’un claquement de doigts, alors que juste avant le contact a été rompu et qu’on nous a dit qu’il n’y avait qu’une fenêtre de quelques secondes tous les jours dans les failles de sécurité… Bref, quand il faut la soigner par psychochirurgie, c’est pas mal, mais dès qu’on tombe dans la phase « maintenant je suis trop forte et mes mois d’entraînement en virtuel me permettent de me battre aussi bien que n’importe quel soldat entraîné depuis des années »… j’accroche pas.
Détail éminemment mineur mais que j’aimais beaucoup pour l’esthétique de l’univers : les flics de Bay City qui avaient la coupe iroquoise et qui se définissaient en fonction de ça. On en voit un ou deux en fond lors des plans au poste, mais sinon, adieu ! Bon, j’avoue que là ça ne sert à rien du coup, mais j’ai été un peu déçue ^^
Oumou Prescott, l’avocate de Bancroft, qui se fait renvoyer comme une merde quand Kovacs l’accuse dans les fausses résolutions de l’enquête et qui, tout d’un coup, après nous avoir joué la carte de « je suis une connasse et j’assume, parce que je suis dans le camp des vainqueurs », vient nous parler de probité. Outre que c’est totalement inconsistant, ça sent le « on avait un personnage, fallait qu’on lui trouve une utilité, ça se fait pas de mettre un personnage juste comme ça ! »
Et le fils Bancroft est dans la même veine : on ne le voit jamais dans le roman, mais là, on nous colle un débile (merci le coup de la main de Konrad Harlan ! Comme si on allait croire qu’il s’était procuré ça, tiens…), juste pour faire une fausse piste. C’est pas comme si ça manquait dans l’histoire originelle !
Le tout début de l’arrivée de Kovacs dans le centre de ré-enveloppement, avec la petite explication info-dump pour le spectateur. Ça passe très mal, parce que n’importe qui dans cet univers sait déjà tout ça. Ils auraient mis une voix-off, ça passait tout seul.

il y a quand même quelques bons ajouts. La famille d’Ortega, dont j’ai déjà parlé. Trop religieuse, mais par contre, sa grand-mère est terrible. Elle la ramène pour fêter la fête des morts, dans l’enveloppe d’un espèce de biker ganger, et c’est juste génial de voir cet acteur jouer comme une mamie dingue de ses petits enfants.
La scène où Tak rejoint Bancroft dans une sorte de bidonville, infecté par une vieille maladie dont les habitants sont porteurs sains mais isolés, car le moindre contact vous infecte et provoque une mort très rapide et très douloureuse. Ben pour une fois, cet aspect de l’univers jamais évoqué est pas mal trouvé, ça colle, c’est pas trop larmoyant (bon, on en revient toujours aux Dieux…), ça fait crasseux, bref, ça fonctionne.
L’hôtel IA où séjourne Tak est normalement un avatar de Jimmy Hendrix. Cette fois, l’hôtel s’appelle le Raven, et l’IA Poe, avec un petit air effectivement de poète du XIXe. Ça ne change rien, mais c’est plutôt plaisant.

Kawahara : tout comme Quell, c’est un plantage en beauté. En fait, c’est peut-être pour ça que la série est aussi mauvaise. Les deux perso principaux, hors Kovacs, sont juste nuls, parce qu’ils ont essayé de modifier des personnalités bien faites, pour y glisser les clichés habituels du moment.
Donc ! Reileen Kawahara, connaissance de Kovacs, ancienne membre de la mafia quand elle était jeune, saleté de Maths et propriétaire d’un empire financier et d’influence, se trouve à présent être Reileen (Rei)… Kovacs. La pitite sœur du héros, eh voui.
On a droit à je ne sais combien de séquences larmoyantes où on nous rappelle les terribles conditions de leur enfance avec leur père violent, le fait qu’ils devaient se serrer les coudes ; comment Kovacs termine dans les C-Tac après avoir tué son père car il accepte de ne plus revoir sa sœur pour qu’elle ait une bonne famille. Et bé nan ! Les vilains marines du Protectorat ont menti, elle a juste fini chez les Yakuza, en en voulant à son frangin qu’elle rêvait de retrouver. Et quand, par un hasard cousu de scénarium il la retrouve en retournant sur Harlan pour une mission visant à abattre le gang auquel elle appartient, c’est parti pour une scène d’action pleine de n’importe quoi (oui, les deux tous seuls arrivent à abattre une escouade de marines ET le gang de Yakuza, sans aucun couvert ! Heureusement que les assaillants sont complaisants et tirent dans les pieds, hein). Puis on apprend qu’elle n’a jamais voulu appartenir aux Diplo, mais elle a suivi son frère, a toujours détesté Quell (elle aurait des sentiments incestueux qu’on s’en serait pas douté), qu’elle a œuvré pour que Kovacs soit ramené de stockage et qu’ils se retrouvent. Mais manque de chance, Takeshi n’apprécie pas qu’elle ait tué son amoureuse et manque de le faire pour l’actuelle (Ortega), et qu’elle veuille le manipuler.
Ah oui, et accessoirement, elle est insupportable.
Donc elle est bien une Math, à la tête d’un empire, mais la ressemblance s’arrête là.
L’idée aurait pu être intéressante, mais pas avec ce traitement, qui fait que tous les rebondissements se voient à trois kilomètres et qu’on a juste l’impression de revoir le même type d’intrigue que dans tous les shows actuels.

et puis bien sûr, il y a les incohérences globales : pourquoi Rei aurait-elle sauvegardé Quell avant sa mort si elle la déteste tant ? Pourquoi un Diplo, sensé être un terroriste, inspirerait confiance à Bancroft ?
Quell avait une idée fantastique (ressentez le sarcasme, là) : un virus à injecter dans le serveur central de toutes les piles, pour qu’elles arrêtent de fonctionner quand le porteur aurait 100 ans, pour éviter les Maths et ce genre de dérives. Par où commencer… Déjà, vous croyez vraiment qu’il existe un serveur central pour toute la galaxie ?! Outre l’impossibilité technique, ce serait particulièrement con. Et inutile, vu que les gens peuvent se sauvegarder dans un espace personnel. Ensuite, il devient quoi son plan merveilleux si quelqu’un change sa pile parce qu’on en recrée pour pallier à ce phénomène ?… Ah, j’y avais pas pensé !! Et puis bien sûr, Quell est la seule de l’univers à savoir créer un virus, hein, personne ne pourrait faire un contrevirus, ou quelque chose du genre, en 100 ans !!! (Putain, même moi qui suis une buse pour voir les problèmes de scénario, j’ai immédiatement identifié ça.)
A la fin du show, les méchants sont punis, et on emmène les Bancroft se faire juger pour leurs crimes. Franchement, dans le type d’univers crée par Morgan, je ne crois pas une seconde qu’un Math puisse être rattrapé par ses crimes et ne pas s’en sortir. Déjà à notre époque les puissants ne répondront jamais de leurs fautes, alors là ?…

cette série ne présente aucune critique de fond, simplement des « principes » déjà remâchés dans toutes les productions. Elle se contente de jouer sur le pathos, sur des relations de personnages inventées et qui sonnent très hollywoodiennes, alors que justement, la grande force des romans de Morgan, c’est ce mélange d’enquête/action ET de réflexion. D’analyse, de critique de nos sociétés, des dérives qui perdurent. À part se raccrocher aux wagons de la religion américano-gnangnan, c’est totalement vide.

les Diplos sont foireux. S’il y avait UN truc, à part les propos critiques, à conserver, c’était bien les Diplo tels qu’ils étaient. Mais non, même ça, ils ont réussi à les transformer pour en faire un truc sans aucun sens.
Pour rappel, les Diplo (Corps Diplomatiques), sont l’élite des forces armées du Protectorat; des hommes et des femmes encore plus performants que des Space Marines (toutes proportions gardées ^^), chargés d’être droppés sur n’importe quel monde, dans n’importe quelle enveloppe, pour résoudre la situation. Ils sont formés à ne rien attendre pour être capables de tout affronter, à se fondre dans la masse pour disparaitre ; la mémoire Diplo est infaillible, ils notent tout, ce qui leur permet d’avoir une intuition quasi prémonitoire.
Sauf qu’ici, ce sont juste les petits soldats de Quell. Alors déjà, pourquoi appeler ses « terroristes » des Diplo ? Ça ne fait aucun sens.
Certes, ils sont de bons combattants (pas non plus exceptionnels, même si Kovacs sort du lot pendant la série), mais la mémoire et l’intuition… aux oubliettes ! Il est dit une fois que Tak a une intuition (mais personnelle) et alors le coup de noter tous les détails disparait avec cette jolie phrase dite en voix-off pendant l’épisode où on nous raconte son séjour chez les Diplo « Je ne me souviendrais plus du nombre de fois où » Non. Juste non !
Et la cerise sur le gâteau, je pense que c’est quand même le contrôle des constructs. Dans cet univers, on peut créer un univers virtuel pour à peu près tout et n’importe quoi, notamment des salles d’interrogatoires/tortures. Et donc Quell apprend à ses troupes… comment en prendre le contrôle. Oui, comment, quand on est à l’intérieur, piégé, on peut par la force de son esprit (ça doit être des Jedi, je ne vois que ça), dire « eh ben nan, maintenant, c’est moi qui fait quoi je veux avec ta simulation qui est contrôlée à l’extérieur par des techniciens »… Y a pas un truc qui vous choque, là ? Moi, j’appelle ça de la magie.
Ah, et vous vous souvenez quand je disais que les Diplo savent normalement se fondre dans la masse pour exécuter leur mission au mieux ? Alors pourquoi Tak se balade pendant tout le show avec un sac à dos rose type My Little Pony ?!!!!!

Bon, je vais arrêter là, je pense avoir souligné l’essentiel de ce qui a pu nous faire hurler pendant le visionnage.
À mon sens, ce qui a le plus desservi cette série, c’est le manque de moyens. Ça se voit qu’ils n’ont pas eu un budget faramineux ; pas mal de décors font cheap, il y a de la réutilisation, ils n’ont pas osé essayer certaines choses… La réécriture a sans doute été là pour pallier à ce souci, mais j’ai le sentiment qu’ils sont allés beaucoup trop loin dans la ré-interprétation, et qu’ils ont oublié l’essentiel au passage. Ou qu’ils n’ont tout simplement pas voulu se mettre dans le pétrin. Parce que les idées que défend (ou tout du moins que remet en question) Morgan dans ses romans ne font sûrement pas plaisir aux producteurs, qui ont peur de se voir mis au banc ou boycotés ou annulés par ceux que ça pourrait vraiment déranger (du genre, les souvenirs de Sharya et des Martyrs de la Main Droite de Dieu).
Une autre limite de l’adaptation écran par rapport à l’œuvre originelle.
Autant vous dire qu’il y a très peu de chances que je visionne la saison 2, surtout quand ils ont annoncé qu’elle ne serait pas basée sur le T2, Anges Déchus.

Si vous voulez voir une bonne série de cyberpunk, je vous conseille Incorporated. Malheureusement elle a été annulée après une saison (merci Syfy !), mais rien que cette saison vaut le coup, pour son univers, son intrigue, ses personnages, ses effets-spéciaux (on sent qu’ils ne savaient pas trop où ils allaient sur le long terme, mais c’est plus très grave maintenant ^^).
En espérant qu’on en ait une autre bonne qui durera d’ici peu de temps 🙂

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